[EMPLOI] La crise sanitaire du covid-19 pire que celle de 2008

Publié le 10/06/2021

Lundi 7 juin à Genève, dans son discours d’ouverture de la 109e session de la conférence internationale du travail, le directeur de l’OIT a qualifié la crise du COVID 19 de « cataclysme ».

Fondée en 1019, l’organisation internationale du travail (OIT) est une agence tripartite de l’ONU qui réunit des représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs de 187 Etats membres.

Cette première réunion virtuelle de l’OIT après l’interruption de 2020 a réuni 4700 participants de 176 Etats membres, ce qui est comparable aux chiffres des années précédentes. Pour son directeur général Guy Ryder l’impact de la pandémie sur le monde du travail a été « dévastateur – cataclysmique. L’équivalent de 255 millions d’emplois à temps plein ont été perdus en 2020. 3 700 milliards de dollars supprimés de revenus du travail. Des millions d’entreprises menacées, en particulier les petites et moyennes entreprises. 108 millions de personnes refoulées dans la pauvreté au travail. Les plus vulnérables et déjà défavorisés sont les plus durement touchés : les jeunes, les femmes, les travailleurs informels, les migrants. Dans l’ensemble cela représente une crise du monde du travail quatre fois plus grave que celle déclenchée par la crise financière de 2008 et 2009. »

Dans son discours et dans le rapport qu’il a remis au président de l’OIT, Guy Ryder a souligné que « les gouvernements ont généralement fait tout ce qu’ils pouvaient. Quelques 16 000 milliards de dollars ont été dépensés ou annoncés pour répondre à la crise à ce jour. Conformément au cadre politique préconisé par l’OIT les aides ont été canalisées pour stimuler l’activité économique, soutenir les entreprises, les emplois et les revenus et protéger la sécurité et la santé des travailleurs. »

Le rapport du directeur général fait ressortir quatre leçons de la pandémie. La première est que le monde était mal préparé à la pandémie aussi bien le monde du travail que celui de la santé. L’OIT a enregistré plus de 1600 mesures de protection sociale nouvellement introduites. Deuxièmement la pandémie a confronté le monde avec une brutalité insupportable à la réalité et aux conséquences des inégalités multiples et croissantes dans nos sociétés. « D'autant plus que la pandémie a aggravé ces inégalités et nous pouvons voir, si nous nous en soucions et nous osons regarder, comment elles se sont durcies en une profonde injustice structurelle. Le fait est que les inégalités flagrantes dans la distribution des vaccins et une puissance de feu fiscale très différente injecteront une double dose d'inégalités supplémentaires dans le monde du travail, avec un rappel de la connectivité numérique inégale. » La troisième leçon est une évidence : cette terrible crise mondiale nécessite une réponse mondiale. La quatrième et dernière leçon est que nous pouvons faire les choses différemment. « Nous avons appris que nous pouvons gérer les technologies différemment, allouer les ressources différemment, réévaluer les priorités et les valeurs sociales - par exemple comment nous récompensons les travailleurs de première ligne qui sont devenus les héros de cette crise. »

Guy Ryder est persuadé qu’il convient désormais de « construire une reprise centrée sur l’humain. Nous sommes bien équipés pour entreprendre cette tâche. Parce que la Déclaration du centenaire pour l'avenir du travail, adoptée il y a deux ans par cette Conférence, nous donne une feuille de route convenue et très appréciée pour guider nos efforts. Grâce au programme et budget qui, j'espère, seront adoptés par cette Conférence et notre Plan stratégique existant, l'OIT se concentre déjà fortement sur la mise en œuvre de la Déclaration dans le contexte de la reprise du COVID-19. »

Du 7 au 19 juin les 4 700 délégués se réunissent en distanciel pour débattre de la reprise après la crise sanitaire. La réunion se poursuivra en novembre et décembre pour débattre des inégalités et de l’apprentissage tout au long de sa vie.