[Egalité] « Nous sommes face a un risque de régression inédite de l’égalité femmes-hommes »

Publié le 27/04/2021

La Fondation des femmes a fait paraître fin mars une étude financée par la Région Ile-de-France sur les conséquences qu’a eu l’épidémie de la Covid 19, la crise et la relance sur l’emploi des femmes.

Le premier confinement qui aurait pu marquer le début d’un rééquilibrage dans le partage des tâches domestiques et éducatives au sein des couples a dans la réalité aggravé les disparités. Selon l’étude la période s’est traduite par un phénomène d’anxiété plus marqué pour les femmes que pour les hommes. 40 % des femmes ont consacré 4 h par jour aux enfants, elles sont 21 % à avoir arrêté de travailler pour s’occuper des enfants dans les deux cas c’est le double des hommes.  Au final 70 % des femmes estiment que le confinement va les pénaliser dans leur carrière. Si les métiers en première ligne de la crise sanitaire se sont révélés essentiellement féminins (87 % d’infirmières, 91 % d’aides-soignantes, 97 % d’aide à domicile et aides ménagères, 73 % d’agentes d’entretien, 76 % de caissières et de vendeuses, 71 % d’enseignantes), ces dernières n’ont pas bénéficié de revalorisations de salaires suffisantes et leurs secteurs d’activités sont les plus touchés par les destructions d’emploi de la crise qui s’installe. « Anissa 44 ans femme de ménage en première ligne dans les hôpitaux durant le premier confinement se retrouve aujourd’hui dans une situation difficile car les emplois de femmes de ménages sont parmi ceux qui sont les plus touchés par cette crise avec une destruction d’emplois de près d’un tiers. Dans les faits en France c’est une régression que nous évaluons à environ une trentaine d’années que nous avons devant nous », confiait Anne Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes le 12 avril 2021 sur France Inter. « Les femmes et les hommes n’exercent pas les mêmes métiers dans les mêmes secteurs. La crise que nous allons traverser va affecter certains secteurs de façon disproportionnée par rapport à d’autres. Par exemple les emplois dans la vente vont être touchés et ce sont des emplois féminins alors que d’autres emplois vont être boostés, ceux dans le numérique qui sont beaucoup plus masculins. Concrètement nous avons des destructions d’emplois dans des secteurs féminins et d’autres secteurs qui sont boostés par les plans de relance donc le décrochage des femmes est un risque réel. Il faut se mobiliser de façon urgente pour essayer d’endiguer ce phénomène qui risque de nous faire perdre 30 ans de progrès. »

 

Santé, logement, aide alimentaire

« Pendant le premier confinement 30 % de femmes ont eu des difficultés pour payer leurs loyers. Ce qui est assez coquant car ce sont des personnes qui se débrouillent généralement pour assumer ces charges-là. Il s’agit essentiellement de femmes seules avec enfants qui ont subi de plein fouet un cumul de difficultés y compris dans l’accès aux soins. Les femmes en situation monoparentales ont renoncé à des soins pour elles et pour leurs enfants parce qu’elles se disaient qu’il ne fallait pas embêter les personnels de soins occupés par la pandémie, indiquait pour sa part Dominique Joseph secrétaire générale de la Mutualité française, conseillère au CESE. « Je me souviens de cette jeune fille de 14 ans qui est arrivée pour consulter trois semaines après le délai légal pour avorter parce qu’elle ne pouvait pas sortir de chez elle, elle ne pouvait rien dire à ses parents et elle ne pouvait plus partir à l’étranger parce que les frontières étaient fermées, témoignait Ghada Hatem-Gantzer, gynécologue qui dirige le centre médico-social la Maison des femmes à St Denis. En matière d’accès à l’avortement cela a été une période compliquée pour toutes les structures. Ce qui m’a également frappée c’est que nous n’avons jamais fait autant d’aide alimentaire à la Maison des femmes ce qui ne fait pas partie de nos activités habituelles. »

 

Les dangers du télétravail

La généralisation du télétravail crée aussi une régression. Les femmes sont moins nombreuses à disposer d’un espace dédié, elles enchainent plus fortement les réunions sans disposer de pauses et sont plus sujettes que les hommes au risque de burn-out. « Le télétravail peut améliorer les conditions de vie admet Anne-Cécile Mailfert, mais il peut être catastrophique lorsqu’il n’est pas pensé en termes d’égalité entre les femmes et les hommes. Qu’est ce que le télétravail implique pour les femmes versus qu’est-ce que le télétravail implique pour les hommes. Nous souhaitons que cette question soit prise en compte dans les futures négociations qui vont avoir lieu sur le télétravail. Les femmes doivent télétravailler dans de bonnes conditions, avoir une pièce, l’équipement, comment sont gérés les enfants en cas de confinement. L’impact du télétravail est différent pour les hommes et pour les femmes. » 

 

Absentes des plans de relance

L’étude montre que les différents plans de relance n’ont pas pris en compte les inégalités entre femmes et hommes et risquent de fait de les aggraver durablement. Le mot « femme » n’est même pas écrit. Les secteurs jugés comme d’avenir qui concentrent la majorité des financements de la relance sont fortement « masculinisés ». Sur les 35 milliards des plans de relance sectoriels de juin 2020, seulement 7 milliards sont dédiés à des emplois occupés par des femmes. Pour la Fondation des femmes il faudrait faire de la crise une opportunité pour plus d’égalité. Le rapport liste des propositions qui s’articulent autour de trois axes principaux : un investissement au service de l’égalité (mise en place d’un service public de la petite enfance plus accessible et flexible, revaloriser fortement et immédiatement les salaires des métiers féminisés, financer les reconversions des femmes vers des filières d’avenir...). La prévention des inégalités et des violences faites aux femmes (lutte contre les violences faites aux femmes en entreprise, mise en place de normes pour le télétravail…) Instaurer davantage de mixité dans les instances de prise de décision et de gouvernance, tant des politiques publiques que des entreprises (mettre en place l’éga-conditionnalité, la mesure d’impact des budgets et l’égalité dans les sphères de décisions sur la crise et les plans de relance). Selon Anne Cécile Mailfert « On peut tout à fait profiter de cette crise, de la relance qui s’annonce, des 100 milliards qui vont être investis pour piloter les investissements pour plus d’égalités entre les femmes et les hommes. Nous y gagnerions des années. Aux Etats-Unis Joe Biden dans ses premières mesures mets en place des dispositifs sur la garde d’enfants parce que c’est quelque chose d’important pour la mise en place du télétravail. Les femmes ne peuvent pas se retrouver à télétravailler, garder les enfants et faire la lessive parce que sinon c’est du double travail. Nous demandons à ce que les plans de relance prennent en compte ces sujets-là. Mettent en place des actions fortes pour accompagner vers plus d’égalité. »

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